La quête originelle [chapitre enième] (2003)

La quête originelle [chapitre enième]

Nasha est enfin revenu. Elle semble accablée. Littéralement vidée. Elle s’assoie contre le mur et laisse transpirer sa tristesse.

_ Alors… Comment est-elle ? ose demander Loanne, impatiente.

Nasha prend une longue inspiration, puis fixe ses yeux hagards dans ceux de sa compagne. Elle prend la parole d’un ton désemparé.

_ C’est difficile à dire, elle est comme… floue… je ne sais pas comment t’expliquer ça . J’ai l’impression de ne pas vraiment m’en souvenir. C’est étrange non ?

_ Tu débloque ma fille ! Elle t’a dit pourquoi elle est ici ? tu connais quoi d’elle ?

_ Rien. Absolument rien. Je ne sais rien d’elle. Elle n’a rien dis sur sa venue.

_ Tu ne lui a pas demandé ? Dis moi que ce n’est pas vrai ! tu ne lui a posé aucune question ?

_ Non, c’était impossible. Il faudrait que tu la vois pour comprendre. Elle est… sombre, elle te regarde droit dans les yeux comme si elle voulait te posséder et en même temps l’instant d’après tu ne te rappelle plus la couleur de ses iris. Elle ne sourit pas mais elle ne fais pas non plus la gueule. On dirait… qu’elle n’est pas là. Je n’ai pu lui poser aucune question. Je n’ai pas réussi, je me demande même si j’y ai pensé.

_ Je rêve ! C’est pour en savoir plus que tu y est aller, et tout ce que tu trouve a raconter c’est qu’elle t’as fais peur ! Tu t’es laisser impressionnée ! Tu ne t’en sortira jamais si tu refuse de mettre un pied devant l’autre par peur que le sol se dérobe.

Nasha sens ses yeux se noyez dans l’eau salée de ses larmes. Elle ne voit plus le visage anguleux, fiévreux, de Loanne. Elle se dit que si son amie crie, ce n’est que pour se donner une contenance. Qu’elle non plus elle ne sais plus où elle est, ni comment avancer. L’aventure n’a plus qu’un goût amer.

_ Vous n’avez vraiment parler de rien ? reprend Loanne plus doucement, troublée par l’attitude résignée de Nasha. Elle a bien remarqué l’air de plus en plus maussade de la jeune femme, ses épaules qui se sont voûtées, sa démarche moins assurée depuis quelque temps. Mais elle n’aurai jamais pensé la voir pleurer. C’est comme une crue dévastatrice en plein moi d’août, comme de voir le soleil tombé a pique dans la mer. Non, elle n’imaginait pas que Nasha avait la fonction « pleure » intégrée à sa personne.

_ Je ne sais plus, murmure faiblement Nasha, tournant le dos pour cacher son visage décomposé.

Panique.

_ Comment ça tu ne sais plus ? Notre vie dépend peut-être de cette femme Nasha ! Réagit ! Voilà presque un an que nous courrons après ce mystère et alors qu’enfin quelqu'un peut nous aidez à l’élucider toi tu « ne sais plus » ! Tu perd la mémoire alors que tu n’a peut-être plus que quelques mois a vivre ! Allez s’il te plaît dis moi ! dis moi ce qu’elle t’a dit ! dis moi qui elle est ! arrête de jouer. » Sa voix devient tremblante, elle se brise sous le poids de l’angoisse. « On ne peut pas abandonner, pas maintenant, on a lutté, on parcouru des miles et des miles on a tout donné… non s’il te plaît, non n’abandonne pas… ne me fais pas ça… dis moi qui elle est. »

Loanne s’affale, la tête dans les mains. Elle couine en réprimant ses sanglots, son corps parcouru de spasmes se balance d’avant en arrière comme un jouet à bascule.

« _ Elle a dit que la quête était vaine, je crois. Elle, elle… elle lisait dans mes pensées. J’en suis sure. Je l’ai senti, comme si quelqu'un investissait mon esprit… J’ai eu peur, l’impression d’être un livre ouvert devant ses yeux inquisiteurs.

Loanne se met a hurler :

« _ La télépathie c’est dans les livres ! Arrête avec tes histoires de folle ! J’en ai marre ! On est pas au cinéma, et je n’ai pas l’intention de laisser tomber, on y arrivera parce que on ne peut pas refuser le don de le vie ! On ne peut pas ! On dois continuer et sauver ce qu’on peut ! Regarde toi tu n’a l’air de rien, toi l’aventurière qu’on a choisit pour sauver le monde !

_ Elle lisait en moi.

_ Réveille toi au lieu d’inventer des histoires abracadabrantes. Les sorcières c’est dans les livres.

Nasha se retourne, le visage blanc, fatigué. Elle parle calmement, avec le ton de quelqu'un qui n’attend plus rien.

_ Ce ne t’es jamais venu à l’idée que nous pourrions être dans un livre ?

_Je t’en pris, arrête.

_ Ca ne t’ai jamais venu d’imaginer quand tu étais enfant que tu était l’héroïne d’un film ? Que les camera étaient braquées sur toi quand tu marchais. Et alors tu essayais d’être le plus naturel possible. Moi j’ai l’impression depuis le début d’essayer d’être naturel… d’essayer seulement…Tu ne pense pas que nous pourrions être les personnage d’une histoire ? Manipulées par un écrivain machiavélique qui a inventer nos vie pour les pourrir ensuite ?

_ Et ta vie alors ? Les 30 années que tu a vu s’écouler ? Tu crois qu’on écrit des livres qui commencent à la naissance du héros ? Et puis arrête ton délire ! On est vivantes. Bien vivantes.

_ Je ne sais pas, depuis notre départ j’ai l’impression d’agir sans le vouloir, comme mue par une force inconnue. Je ne me sens pas à ma place. Je ne comprend pas comment j’ai pu en arriver là. Ce n’est pas moi. Je crois que l’écrivain s’est trompé de personnage. Il a créer ma vie, une façon de présenter le personnage, puis quand il m’a cru mûre à point, il m’a lancer dans cette aventure incroyable, ce scénario surréaliste. Tu ne trouve pas toute cette histoire surréaliste ?

_ Non. Les livres s’inspirent du réel après tout. Peut-être qu’on écrira un livre sur nous quand tout sera terminé. Mais en attendant tu te poses trop de questions.

_ Je n’ai pas le bon profil. C’est une erreur. Sinon pourquoi me poserais-je toute ses questions ? je plongerais la tête en avant dans les ennuis, puis je sauverais le monde comme le prévois le scénario. Mais là je cale. Je ne vois plus le bout, j’ai l’impression d’avoir regarder ma vie se déroulée à l’inverse de tout ce qui aurais du se passer si je l’avais contrôlée, si j’avais fais mes propres choix. »

Loanne n’écoute plus, et d’ailleurs Nasha ne lui parle plus vraiment.

« _ Ce n’est pas pour moi. Je ne peut pas être le héros de ce roman terrible, de cette épopée de malheur. D’autres auraient relevé le défit, mais pas moi. Je ne suis pas taillée pour ça . On s’est trompé en me donnant ce rôle. »

Loanne se relève soudain, reprenant ses esprits. Elle prend Nasha par les épaules et la regarde, suppliante, mais déterminée. « ca aurait du être elle » pense Nasha.

« _ Nasha tu ne peut laisser tomber parce que l’histoire n’aurais pas de fin. Une histoire qui n’a pas de fin ça n’est pas possible. Tu ne dois pas trahir celui qui t’a placé là, dieu ou écrivain. Celui qui t’a désignée pour aller au bout de ta quête. Il ne sais pas trompé, tu es la ou tu dois être, tu peux le faire. Mais jamais tu ne pourra faire cesser l’histoire. Ca n’existe pas un roman sans fin. Ce serait alors une idée, une pensée, un bout de papier griffonné, un parchemin oublier… Et alors nous ne serions plus là. L’histoire s’écrit que tu le veuille ou non.

_ Loanne je suis désolée. Mais je crois que l’histoire va continuée sans moi, ou s’arrêter. Je veux refermer le livre. Je n’en peux plus.

_ Non…

Le visage de la jeune femme est livide, dépourvue d’expression, elle hausse les épaules et tourne le dos… tourne la page. Erreur de l’écrivain, elle abandonne sa quête, elle abandonne le monde.

Loanne voit son amie se mettre en marche, lentement, le dos courbé par son accablante non existence. Petit à petit, elle disparaît dans la brume.

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